La vérité, rien que la vérité
Neuilly sur Seine, 10 mars 2026, hôpital américain. Une médecin chevronnée, retraitée statutairement doublement spécialisée : pneumologue et pédiatre. Elle nous reçoit en toussant tellement fort que ma fille Élodie et moi-même nous sommes inquiétés pour ses poumons, nous qui venons la consulter pour ceux de Victor, 18 mois.
Cinq semaines auparavant. Même lieu, même heure, même toubib. Ma fille sort de consultation avec une liste invraisemblable d’antibiotiques, de cortisone, de fluidifiants en tous genres pour Victor en souffrance respiratoire : bronchiolite, bronchite asthmatiforme, son état est grave, l’urgence tient dans un protocole à des doses qu’un cheval ne supporterait pas.
Décision est prise par ma fille et par mon gendre. La Papou naturopathe (moi) va prendre en charge son petit-fils. Cinq semaines dans les Alpes de Haute-Provence, à 900 mètres d’altitude. Et éventuellement une escapade à Menton pour quelques bains de mer en eau à peine froide (17° C). Je dis OK à la seule condition que Luna, la grande sœur de Victor, fasse partie du voyage. Hors de question, dans mon esprit, de séparer la fratrie.
Neuilly sur Seine, 10 mars 2026, hôpital américain. Cette médecin experte nous reçoit sans masque. Elle tousse à déchirer les poumons, à décoller la plèvre, à effrayer ses dernières alvéoles ou du moins ce qu’il en reste. Elle s’excuse, prétend que c’est allergique et non viral, se saisit de Victor, lui tousse à la gueule à environ trois centimètres, visage contre visage, toujours sans masque. Munie de son stéthoscope, elle ausculte. Rien. Aucun sifflement. Elle re ausculte. Aucun ronronnement. Elle s’étonne. Son protocole équin aurait-il à ce point bien fonctionné ? Elle crie victoire, exulte, se prend pour Dieu, revient sur terre c’est à dire à ses moutons c’est à dire à nous-mêmes. Nous acquiesçons en bêlant.
Cinq semaines à Bayons, petit village de moyenne montagne, coincé entre Queyras et Verdon, Mercantour et Luberon, Écrins et Ventoux, au cœur d’un massif méconnu : le massif des Monges. L’altitude est idéale. C’est pour cette raison que les sanatorium d’antan se situaient entre 800 et 1400 mètres d’altitude. Les alvéoles pulmonaires respirent à pleins poumons dès lors que l’air est sain, sec et ensoleillé. Briançon, Font Romeu et bien d’autres centres de santé, de thermalisme, de rééducation en tous genres se sont implantés à ces altitudes-là pour vendre de la santé et du bien-être.
La chef de service en pédiatrie pulmonaire est contente d’elle, convaincue que sa mission doit désormais aller bien au-delà de ces (ses) résultats. Votre petit va bien, plus aucun sifflement, plus aucun ronronnement, on va donc lui donner un traitement de fond à base d’antibios et de cortisone. Ce faisant, elle nous tend une ordonnance. Nous ignorons à ce moment-là que d’autres ordonnances pour Victor patientent dans sa tête.
Durant les premiers jours hors de la crèche et loin du ciel parisien, Victor a beaucoup dormi. Réveil naturel à 7h30. Les deux enfants ont droit à un demi-avocat chacun ou bien à deux œufs brouillés. Puis direction l’étable pour compter le nombre de veaux nés dans la nuit. Le vêlage bat son plein. Un veau se prénomme Luna, un autre Victor. Repas à 11h45. Ni laitage, ni sucre, ni gluten. Du riz, des olives, un fruit, une sieste. L’après-midi au grand air, taille des fruitiers, débroussaillage, aménagements printaniers divers. Aire de jeux. Discussions animées avec un coq et trois poules. Dîner léger et dodo à 19h30.
J’explique à Madame Blouse Blanche qu’outre l’altitude, le plein air, l’activité physique (la marche), et quelques réformes alimentaires ponctuelles, je mettais dans le biberon d’eau de Victor une cuillère à soupe d’hydrolat de pin distillé par Séverine à Bayons. Cette pratique saugrenue l’a juste confortée sur le fait qu’un naturopathe est forcément un baba cool écervelé idéaliste limite débile. Bref, une quiche. Je tente un deuxième atout : la kiné respiratoire que j’ai effectuée sur Victor n’ayant eu que très peu de résultats probants, j’ai donné à Victor tantôt du Nutribiote Base tantôt du psyllium blond que j’importe moi-même d’Inde. Ses selles sont devenues abondantes, noires, collantes, gluantes, glaireuses et fortement malodorantes. En réponse, elle me tend une deuxième ordonnance pour “améliorer” le terrain général de Victor, qui, je le rappelle, à ce moment-là, dixit la médecin, va très bien.
Trois semaines à Bayons à ce rythme et Victor respire enfin librement, l’inflammation ayant grandement diminué pour ne pas dire ayant été éteinte. Restons prudents et gardons notre vigilance. Durant cette quatrième semaine, j’ai introduit quelques rares laitages comme par exemple un bout de gruyère au lait cru ou du yaourt au lait de brebis mélangé avec de la crème de marron de qualité. Depuis son arrivée sur mes terres hautes provençales, j’ai imposé à Victor de manger lentement, de bien mastiquer (il a toutes ses dents), de ne remplir sa cuillère que si et seulement si sa bouche est vide. Je rappelle ici que la bouche pré-mâche le travail de l’estomac et des autres acteurs de la digestion qui se trouvent en aval. Entre la bouche et l’anus, un vrai trafic d’influences...
Lorsque Doctoresse apprend que Victor a eu une réaction cutanée, elle s’est mise à rédiger furieusement une troisième ordonnance pour faire taire sa peau de bébé. J’ai tenté de lui fournir une explication : l’axe foie-côlon-poumons-peau qui s’auto-nettoie et l’hypothèse d’un conflit de séparation, cinq semaines c’est long pour un nourrisson sans ses parents. Je crois bien que cette femme n’a jamais entendu parler de la sphère psycho-affective-émotionnelle et je crois bien qu’elle n’a jamais entendu autant de conneries en si peu de temps. De son point de vue, bien entendu.
Cinquième semaine à Menton. Victor a réussi l’exploit de marcher huit kilomètres en une journée, s’est baigné trois fois dans la grande bleue, a découvert à Vintimille le chocolat chaud à l’italienne, a adoré la glace au citron made by Gannac, a fait comme tous les enfants du monde : encore du manège s’il te plaît Papou, tout ça avec ses yeux. Son corps s’est affiné. Son terrain est à nouveau équilibré. Son énergie vitale est à son maximum. Il respire la santé, la joie de vivre ; le teint hâlé, limite bronzé, lui et sa sœur font l’admiration des passants et des commerçants. Nous sommes le 8 mars.
Neuilly sur Seine, 10 mars 2026. Nous quittons l’hôpital américain avec trois ordonnances pour un enfant qui pète la forme. Faut bien que tout le monde vive. Le carrossier se nourrit de nos accidents, le mécanicien de nos pannes, les pompes funèbres de nos addictions et de nos excès, le médecin de nos maladies. Une personne en pleine forme ne fait pas tourner le système. On parle du système de santé et de l’assurance maladie, cherchez l’erreur mdr. J’ai un profond respect pour les urgentistes (médecins et pompiers), un regard admiratif pour ces chirurgiens qui opèrent de manière presque miraculeuse. J’éprouve un réel dégoût pour cette médecine qui ne sait rien faire d’autre que d’empoisonner des ignorants qui ont totalement abandonné l’idée de connaître les béabas du fonctionnement de leur propre organisme. Il est 19h30, je garde le rythme et vais me coucher. Bonne nuit a tutti.